Guide agro-pastoral - Des animaux

LES ANIMAUX : SYSTÈMES D’ÉLEVAGE, CHEPTELS ET FILIÈRES

Le territoire du PNR est un territoire où l’élevage, très présent, est marqué par des systèmes orientés vers des pratiques pastorales valorisées par des productions carnées de qualité en grande partie distribuées localement. Les races et les modes de conduite des troupeaux sont adaptés aux conditions locales.
Si le cheptel pastoral global s’est stabilisé depuis quelques années, il a subi de profondes mutations en termes de répartition et d’inversion des effectifs entre troupeaux bovins et ovins durant le siècle dernier. Et c’est surtout depuis les années 70-80 qu’un redéploiement pastoral s’est mis en place sur le territoire.
Les débouchés de ces filières sont prometteurs sur le département, notamment du fait des démarches d’identification de qualité entreprises par les éleveurs depuis une quinzaine d’années, principalement dans des cadres coopératifs de commercialisation. De plus, il existe un déficit de production notoire par rapport à la demande. Mais l’organisation et la structuration des modes de commercialisation sont instables et fragiles, et les raisons sont multiples tant au niveau du contexte local que plus global.
Aussi, pour assurer un avenir pérenne et viable aux exploitations pastorales montagnardes, les défis à relever sont nombreux et complexes, en matière de valorisation, de commercialisation et de consolidation de ces filières de qualité.

DES SYSTÈMES ESSENTIELLEMENT PASTORAUX ET TRANSHUMANTS

Contrairement à la plaine surtout occupée par des systèmes de productions végétales pérennes (exploitations viticoles, arboricoles et maraîchères), les zones de montagne du département, et donc principalement le territoire du PNR, abritent la majorité des systèmes d’élevage.

Les systèmes d’élevage allaitant basent leur mode de production sur l’utilisation des ressources spontanées naturellement présentes sur les grandes étendues de parcours intermédiaires et parcours d’altitude (estives). Ce sont des élevages extensifs de type pastoral (pour 80% des exploitations du département) adaptés aux conditions locales, aux cycles de la végétation et des animaux, et pour la plupart (60%), la pratique de la transhumance est une composante inhérente au système. Ce sont ainsi près de 300 exploitations pastorales qui sont présentes sur le territoire. Leur chargement n’excède pas 2 UGB / ha et plus de 50% de leur SAU est en surface toujours en herbe peu productive (parcours de landes, landines, etc.).

Trois types d’élevage allaitant sont particulièrement représentés (certains peuvent être mixtes) :
- les systèmes extensifs bovins viande, présents sur toute la zone de montagne (système transhumant : fond de vallée/parcours/estives). Ils sont basés sur un affouragement réduit (1 à 2 T de foin/vache/an) et la plupart sont autonomes en fourrages. La production principale se destine essentiellement aux filières de qualité « Rosée des Pyrénées » et « Vedell ».
- les systèmes extensifs ovins viande, stables et peu développés, mais bien présent sur toute la zone d’estives. Ils représentent 93% des élevages ovins du département. La production principale est l’agneau de bergerie, avant la montée en estive des mères.
- les systèmes extensifs équins, développés principalement en Cerdagne. Historiquement, cette zone regroupait la plus grande concentration de juments poulinières de France. Aujourd’hui, le cheptel est bien sûr réduit, mais tient encore une place non négligeable.

L’élevage est majoritairement allaitant sur le territoire et il n’existe pratiquement pas de tradition laitière. Pour la plupart, les systèmes d’élevage laitiers sont situés en Cerdagne (fromages surtout). Le système bovin lait est en régression. Les systèmes ovins et caprins laitiers sont peu répandus, mais se répartissent sur tout le territoire.

UN CHEPTEL PASTORAL STABILISÉ

Le cheptel global qui utilise les ressources pastorales du département compte à ce jour plus de 21 000 UGB, toute espèce confondue. Le territoire du PNR en représente environ les 80%.

Jusque dans les années 60, le cheptel a subi un déclin important, principalement dû au recul des ovins qui diminuèrent de moitié entre 1933 et 1947. Les effectifs se sont ensuite stabilisés pendant une vingtaine d’années. Avec le redéploiement pastoral amorcé dans les années 1970, ils n’ont alors cessé de croître (+25% depuis 1989). Cette augmentation est essentiellement attribuée à la substitution des ovins par les bovins allaitants.

À l’échelle du siècle, le cheptel ovin a ainsi vécu une division par 7 de ses effectifs (150 000 brebis en 1933 pour environ 21 370 en 2003), avant de se stabiliser autour de 20 000 brebis (allaitantes et laitières) ces dernières années du fait des plans de relance ovine. La taille moyenne des troupeaux oscille entre 180 à 200 brebis.

Depuis le début des années 70, les vaches allaitantes ont largement « remplacé » les vaches laitières et les troupeaux ovins. Après une relative constance des effectifs autour de 12 000 UGB jusqu’en 1995, le cheptel a fortement augmenté à partir de 1995, pour atteindre près de 17500 UGB en 2003. Il s’est depuis stabilisé, notamment du fait de la saturation des droits à prime disponibles sur le département. La taille moyenne des troupeaux tourne autour de 40 vaches. Les races rustiques, Gasconne et Aubrac, sont prédominantes et l’élevage bovin allaitant est orienté vers les démarches de qualité.

Le cheptel équin est relativement stable sur le territoire, il est d’environ 2000 têtes aujourd’hui.

LES FILIÈRES DE L’ÉLEVAGE PASTORAL

Depuis les années 90, les produits issus de l’élevage pastoral sont valorisés par des démarches qualité visant à les démarquer en faisant référence aux systèmes de conduite pastorale, tant au niveau technique (cahier des charges) que commercial (image de marque, identité de terroir montagnard).

Le marché local est structuré autour de plusieurs modes de commercialisation et types d’identification locale de qualité. Une majorité d’éleveurs fait partie des deux coopératives locales de commercialisation. En 2004, 68% des éleveurs bovins faisaient partie de la CCVB (Coopérative catalane de viande et bétails) et 70% des éleveurs ovins de la COPO (Coopérative ovine des PO). Les autres éleveurs ont choisi la vente directe aux consommateurs ou de passer par des maquignons.

Parmi les appellations locales de qualité développées sur le territoire il y a :
- le veau « Rosée des Pyrénées », un veau de 5 à 8 mois né en hiver de races rustiques et de père charolais. Il est élevé avec sa mère, nourri exclusivement au lait maternel puis à l'herbe des parcours et des estives. Commercialisé entre juin et décembre, c’est la première viande bovine du Languedoc-Roussillon placée sous signe officiel de qualité CCP (Certification de conformité du produit).
- le veau « Vedell », un veau de 8 à 11 mois issu de races rustiques et de races à viande. Il est aussi élevé sous la mère, puis complémenté avec un aliment 100% végétal et minéral.
- l’agneau catalan « El Xaï » est un agneau de bergerie élevé avec sa mère. L’essentiel de son alimentation provient donc du lait maternel (au minimum pendant 60 jours), d’où l’optimisation nécessaire des ressources pastorales pour favoriser une bonne production laitière des brebis. L’alimentation de ces agneaux peut être complétée par un aliment garanti 100% végétal et minéral (dont 50% de céréales). Ils sont abattus entre 60 et 90 jours.

Aujourd’hui, le bassin de consommation est important localement et même loin d’être saturé (la demande est supérieure à l’offre). Cela est dû entre autres, à la qualité des produits et à leur valorisation par ces marques reconnues.
Cependant, si ces filières font preuve de dynamisme et que le contexte marchand est plutôt favorable, elles n’en sont pas moins fragiles. Les faibles volumes produits actuellement, l’incertitude du maintien de certaines exploitations ou de leur reprise et les réformes des politiques agricoles, sont autant de facteurs interdépendants qui fragilisent les filières et dessinent un avenir incertain pour les coopératives et les abattoirs.

Ainsi, l’enjeu fort de la pérennisation des exploitations pastorales passe notamment par le maintien mais surtout le renforcement des filières et la protection des marchés locaux (consolidation des modes de commercialisation pour les structures collectives et individuelles avec une vision de complémentarité et non de concurrence). De nombreux éleveurs sont attirés par la vente directe, mais ils hésitent encore à se lancer du fait des évolutions importantes mais indispensables qu’elle implique, avec une organisation nouvelle de la gestion de la production, de la transformation et de la commercialisation.

SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

Documents :
- Chambre d’agriculture des PO, Association des AFP et GP des PO, Société d’élevage des PO, 2008,  « Élevage et pastoralisme : les orientations stratégiques territoriales dans les Pyrénées orientales », 32 p.
- Devautour H., Boutonnet JP., Danflous JP., 2005, « Conditions d’émergence des produits du terroir en zone méditerranéenne française, Études de cas », Projet FEMISE, CIHEAM/IAMM. 54 p.
- RGA et statistiques agricoles annuelles (chiffres des années 2000 et 2003)
- SIME, AGRO de Montpellier, 2006, « Identification des facteurs explicatifs et des enjeux de l’évolution des élevages pastoraux dans les Pyrénées orientales », 37 p.
- Thomas M., 2001, « Mise en place de références d’utilisation pastorale d’estives sous formation de pin à crochets », 95 p. + annexes

Sites Internet :
- Programme @lpes, « Des partenaires et des outils pour le pastoralisme : fiches techniques et informatives », @ : www.echoalp.com
- Rosée des Pyrénées : http://roseedespyrenees.com/

 

Vous pouvez télécharger cette fiche en cliquant sur le bouton ci-contre