Guide agro-pastoral - Des hommes

LES HOMMES : DES SAVOIRS-FAIRE ET DES COMPÉTENCES IMBRIQUÉS

La perception des métiers d’éleveur et de pâtre est fortement stigmatisée par une image d’Épinal faussée, éloignée de la réalité montagnarde que vivent, façonnent et développent ces hommes et femmes depuis toujours. Cette image véhicule malheureusement trop souvent une vision empreinte d’idées subjectives, archaïques et patrimoniales du pastoralisme.

Les métiers d’éleveur et de pâtre sont des métiers de savoir-faire, de compétences et de responsabilités territoriales diverses. Imbriqués dans un tissu montagnard complexe en mutation rapide, les éleveurs, les bergers et les vachers tentent d’adapter au mieux les systèmes d’élevage pastoral aux évolutions actuelles. Aux côtés des autres acteurs locaux (PNR, forestiers, naturalistes, etc.), ils se portent garants, avec leurs troupeaux, d’une gestion naturelle de l’espace. Ils cherchent par ailleurs à développer et à diversifier leurs activités afin d’ancrer leurs exploitations et leurs lieux de vie sur le territoire et d’en conforter la pérennité.
Les sollicitations régulières formulées par les collectivités en matière de « reconquête communale » expriment également cette volonté de maintenir une activité locale, aussi bien pour relancer la démographie des communes que par les effets attendus en matière d’économie induite.

Ainsi, les enjeux sont multiples, mais ils ne les relèvent pas seuls. Ils sont accompagnés par de nombreux professionnels du pastoralisme et de l’élevage de montagne, engagés à leurs côtés depuis plus de 20 ans maintenant.

LE MÉTIER D’ÉLEVEUR ET L’ÉLEVAGE PASTORAL

L’élevage pastoral a cela de singulier qu’à la logique d’élevage, socle de fonctionnement du système, une logique de gestion de l’espace aux composantes plus environnementales lui est inhérente. Les éleveurs sont bien conscients du rôle de gestionnaires de l’espace qu’ils remplissent avec leurs troupeaux (maintien de la biodiversité et des paysages ouverts, protection contre les incendies, …) car il est indispensable pour maintenir le potentiel pastoral des parcours.

La durabilité de leurs systèmes pastoraux passe en effet par une recherche de gestion optimale de l’herbe et des autres ressources des parcours, pour disposer d’une ressource de qualité adaptée aux besoins des animaux toute l’année en permettant l’autonomie et la traçabilité des productions.
C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’ils se sentent avant tout des producteurs contribuant à maintenir un tissu rural vivant et des productions de qualité.

Aujourd’hui la plupart des éleveurs souhaiteraient avant tout vivre de leurs productions et de leur métier, qu’ils exercent généralement par passion et attachement à ce territoire d’élevage. Mais compte tenu des contextes d’instabilité des filières et de restructuration des politiques agricoles actuelles, une de leur fragilité reste que les revenus sont encore très dépendants des aides (notamment des indemnités compensatoires de handicaps naturels et des mesures agri-environnementales), presque vitales au maintien de leur activité.

Cependant, certains éleveurs ont déjà largement réagi pour donner un sens à leur travail au quotidien et le consolider. Ils valorisent des démarches qualité (Rosée des Pyrénées, Vedell) ou développent la vente directe pour obtenir une meilleure plus-value et renforcer une identité professionnelle fondée sur la reconnaissance de la qualité de leurs produits.

À chaque production ses atouts et ses travers… Au-delà de l’intérêt, de la passion ou de l’attachement, les facteurs qui déterminent le choix de l’éleveur vers une production plutôt qu’une autre peuvent être nombreux, sachant que certains éleveurs optent pour des élevages mixtes. L’orientation vers la production d’ovins allaitants, lorsqu’il ne s’agit pas d’une reprise d’un élevage existant, peut être le faible niveau d’investissement requis au départ, l’adaptation aux ressources du territoire ou pour certains, l’attrait du gardiennage. Malgré tout, ces éleveurs sont souvent confrontés aux problèmes d’accès au foncier, de faible revenu et de charge de travail intense tout au long de l’année. L’orientation vers l’élevage bovin allaitant, outre un accès préalable aux quotas et à une trésorerie, elle réside plus dans un choix rationnel pour une production mieux valorisée économiquement et un peu moins lourde en charge de travail.

Néanmoins, les systèmes d’élevage demandent tous une charge de travail importante. La majorité des éleveurs travaillent avec l’aide de leur conjoint(e) ou d’un parent proche. Le recours à une main d’œuvre salariale hors-cadre familial est peu pratiqué à titre individuel. Là où il existe, il semble plus fréquent dans les élevages ovins laitiers et bovins allaitants, actuellement plus rémunérateurs que l’élevage ovin allaitant. C’est par le cadre collectif que les éleveurs accèdent plus facilement à l’embauche d’un salarié, car ils mutualisent leurs ressources financières (en général, cotisation par bête estivée) et bénéficient d’aides au gardiennage.

Près de 90% des estives sont gérées collectivement par les éleveurs qui s’organisent en groupement pastoral (42 GP sur le territoire du PNR) ou exploitent un espace défini par la biais d’un contrat avec une collectivité locale (4 communes). Les autres estives sont individuelles ou font l’objet d’une organisation de fait entre éleveurs, sans cadre juridique.
La quasi-totalité des GP ovins allaitants du territoire engagent un berger pour la période d’estive ; cela leur dégage du temps pour les foins et l’entretien des bâtiments. Les GP bovins allaitants recourent à un vacher surtout lorsque les troupeaux sont importants. Selon les secteurs et l’accessibilité à l’estive, ils effectuent souvent eux-mêmes les tours de surveillance des bêtes.

(+ d’infos dans la Boîte à outils pastorale : Fiche « Le GP »)

Enfin, sur ces zones de montagne et de piémont, les éleveurs expriment leurs souhaits et leurs priorités de développement pour tendre vers une évolution dynamique et ancrée au territoire :
- les améliorations techniques sont nécessaires : rénovation ou construction de clôtures et de bâtiments d’élevage, achat de matériel, amélioration des conditions de vie (apport en eau et électricité, rénovation du lieu d’habitation) ;
- la diversification des activités et des modes de commercialisation semblent incontournables pour assurer la pérennité des exploitations : nouveaux ateliers de production, vente directe, agritourisme ;
- le soucis de la transmission des exploitations à court et moyen termes est une préoccupation très présente aussi, compte tenu de l’âge de plus de 50% des éleveurs actuels.

BERGERS ET VACHERS : DES MÉTIERS D’INTERFACE DIFFICILES À CONSOLIDER LOCALEMENT

Chargé de la mise en œuvre et de la bonne conduite des unités pastorales de l’estive, le berger ou le vacher a vu son métier évoluer vers de nouvelles fonctions et responsabilités ces 15 dernières années. C’est un métier qui fait appel à de nombreuses compétences, savoir-faire et savoir être sur le terrain. Vivant plusieurs mois par an au cœur d’un territoire où se côtoient un grand nombre d’acteurs aux intérêts divers, il représente les métiers de l’élevage sur l’estive. Il est en contact privilégié et amené à échanger régulièrement avec les propriétaires fonciers, les gestionnaires d’espaces naturels, les acteurs et les bénéficiaires des activités touristiques, etc.

Sa mission première reste néanmoins celle de garder, conduire et surveiller le troupeau. Au-delà de l’application des règlements de pacage (calendrier de pâturage et circuits par quartiers calés sur les besoins des animaux, la végétation et l’eau disponibles), il doit s’occuper des travaux d’entretien sur l’estive (clôtures, parcs, …) et veiller à l’hygiène sanitaire des bêtes (soins de base, distribution du sel). Il est aussi responsable des chiens de troupeaux qui travaillent avec lui pour conduire le troupeau. Généralement, la présence permanente sur l’estive est indispensable pour le berger et l’est moins pour le vacher. Enfin, il est en contact fréquent avec les éleveurs ou éventuellement le vétérinaire.

La contractualisation des mesures agri-environnementales (à partir de 1985) a directement participé au maintien et au développement du gardiennage salarié. Relativement répandu sur les estives collectives, ce sont environ 40 bergers et vachers qui sont employés à l’heure actuelle pour la saison. Certains sont employés à temps partiel en période hivernale pour différents travaux (agnelage, tonte, …).

Ce rôle d’interface porté par les pâtres salariés est indispensable au bon déroulement de nombreuses estives, mais il est encore difficile à stabiliser et à pérenniser sur le territoire. Les bergers et les vachers restent rarement plus de deux ou trois ans en poste localement, sauf ceux qui décident de s’installer ensuite comme éleveurs. Plusieurs raisons à cela :
- un statut précaire : il n’existe pas de statut professionnel propre aux bergers et vachers salariés, qui à ce jour ne diffère pas de celui des ouvriers agricoles alors que le métier possède des contraintes spécifiques ;
- un manque de formation et des problèmes de recrutement : s’il existe aujourd’hui des formations sur le massif et des financements pour salarier un berger, il est parfois compliqué de recruter quelqu’un de qualifié, ce qui n’est pas sans conséquence sur les estives (difficulté dans la gestion globale de l’espace pastoral, manque de soins aux animaux, etc.).
- une importante déficience au niveau des logements pastoraux : le maintien des pâtres en estive dépend de l’amélioration des conditions d’hébergement. La précarité du logement est souvent au cœur de conflits entre salariés et employeurs. Associée à la pénibilité du métier, elle aggrave les difficultés de recrutement sur certaines estives.

Les infrastructures d’hébergement des bergers et de leur famille sont globalement en mauvais état sur le territoire (état considéré moyen à mauvais pour 75% d’entre elles). De plus, la législation concernant l’hébergement des travailleurs salariés a fortement évolué et à ce jour peu de GP disposent de logements aux normes. La majorité des logements pastoraux nécessite des travaux de réhabilitation pour accueillir les salariés dans des conditions décentes et réglementaires. Le besoin a été estimé à 40 cabanes pastorales sur l’ensemble du département (15 créations et 25 réhabilitations). Seuls 7 projets portés par les GP ont pu aboutir en 14 ans sur des réalisations temporaires (yourtes, algécos…) ou sommaires. La plupart des projets se sont heurtés à un grand nombre de difficultés (blocages réglementaires, contraintes liées aux espaces protégés, nombre important de personnes à mobiliser, coûts de construction démesurés par rapport aux ressources des GP, etc.).
Entre 2007 et 2008, deux projets pilotes de cabanes pastorales portés par des GP ont été soutenus par le PNR. Leur validation aura été de longue haleine, mais ils seront finalement mis en œuvre (construction) en 2009. Un bel espoir de voir de nouveaux projets aboutir dans les années à venir…

LES MÉTIERS DIRECTEMENT LIÉS AU PASTORALISME SUR LE TERRITOIRE

Aux côtés de ces métiers à la fois source et moteur de l’activité pastorale, sont engagés depuis plus de 20 ans un grand nombre de professionnels. Une véritable fédération départementale des structures liées au secteur montagne et élevage s’est constituée et mobilisée pour la relance pastorale. Elle représente les différentes filières de production et les petites régions agricoles de montagne, tout en assurant l’accompagnement (mise en œuvre, développement, valorisation) et la coordination d’actions collectives stratégiques sur chacun de ces territoires. Les approches complémentaires des quatre structures constituant cette « cellule pastorale » apportent une vision de gestion globale des enjeux et des massifs du territoire.

Le service montagne de la Chambre d’agriculture départementale a prioritairement une approche centrée sur l’exploitation agricole en tant qu’entreprise dont le siège est situé, la plupart du temps, dans les vallées, plaines et plateaux. Ce service gère les dossiers individuels des éleveurs. Les conseillers agricoles assurent l’animation et le suivi des projets collectifs de filière ou de territoire.
L’association des AFP et GP des Pyrénées orientales a une approche globale du système pastoral et de la gestion de l'espace, centrée sur l'estive et la zone intermédiaire de montagne. Elle gère les dossiers collectifs des différentes entités collectives concernées : AFP et GP.
L’appui aux projets des estives et des exploitants individuels nécessite des compétences similaires en termes de programmation de travaux et de contractualisation agri-environnementale. La Société d’élevage (syndicat professionnel) embauche du personnel supplémentaire pour effectuer des prestations pour les éleveurs et l’association des AFP/GP.
Enfin, certaines missions d’expertise et de recherche de références sont confiées au SUAMME (organisme inter établissements du réseau des Chambres d’agriculture de Languedoc-Roussillon).

Les priorités actuelles et pour les années à venir sont :
- Développer des systèmes d’exploitation durables qui optimisent les ressources naturelles ;
- Améliorer la solidarité, la stratégie et l’organisation des filières locales ;
- Faciliter le renouvellement des générations et l’intégration des nouveaux éleveurs dans les organisations ;
- Développer le partenariat avec les collectivités locales et les autres acteurs du monde rural et les sensibiliser aux enjeux de l’élevage et du pastoralisme ;
- Renforcer la solidarité entre les filières bovine et ovine.

Lorsque la commercialisation est gérée collectivement, les différentes filières sont organisées en structures coopératives. Les différents modes de valorisation et de vente des produits de l’élevage (coopératives et filières de qualité, vente directe, maquignon, etc.) sont présentés sur la page « Des animaux ».

La « cellule pastorale » a un rôle d’interface avec les partenaires pilotes des nombreux aménagements concertés d’estives sur le territoire : PNR, ONF, DDEA, CRPF, ONCFS, Réserves naturelles, gestionnaires des sites Natura 2000 et sites classés, Pays Terres Romanes, etc.
Elle est aussi en contact permanent et investie avec différents réseaux d’échange d’expériences, de suivi de travaux et de capitalisation de références sur les pratiques et activités pastorales :
- à l’échelle du massif pyrénéen (RPP, ACAP, APEM, etc.)
- de la région (SUAMME, OFME) ;
- au niveau national (AFP, CERPAM, RCC, etc.) ;
- au niveau transfrontalier (Pastomed, OCRIcendi, CTFC, etc.).

(+ d’infos dans la Bibliothèque Contacts et Réseaux d’intérêt en lien avec le pastoralisme)

RPP : Réseau pastoral pyrénéen
ACAP : Association des Chambres d’agriculture des Pyrénées
APEM : Association pyrénéennes d’économie montagnarde
SUAMME : Service inter-chambres d’agriculture Montagne méditerranéenne et élevage de Languedoc-Roussillon
OFME : Observatoire de la forêt méditerranéenne
AFP : Association française de pastoralisme
CERPAM : Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée
RCC : Réseau interrégional de coupures de combustible
OCR Incendie : Opération cadre régionale Incendie (programme européen Interreg IIIC)
CTFC : Centre tecnològic forestal de Catalunya

SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

Documents :

 

- Chambre d’agriculture des PO, Association des AFP et GP des PO, Société d’élevage des PO, 2008,  « Élevage et pastoralisme : les orientations stratégiques territoriales dans les Pyrénées orientales », 32 p.

 

- Pinet JM., Eychenne C. et D., 2007, Compte-rendu du débat « Hommes et troupeaux en montagne : la question pastorale en Ariège » dans le cadre du Café Géographique de Toulouse du 30 avril 2007, 10 p. + annexes.

 

- Sime, Agro de Montpellier, 2006, « Identification des facteurs explicatifs et des enjeux de l’évolution des élevages pastoraux dans les Pyrénées orientales », 37 p.

 

- Tchakérian E., 2004, « Les enjeux liés à l’élevage pastoral », Article ADAR, 4 p.

 

- Thomas M., 2001, « Mise en place de références d’utilisation pastorale d’estives sous formation de pin à crochets », 95 p. + annexes

 

Site Internet :

 

- Programme @lpes, « Des partenaires et des outils pour le pastoralisme : fiches techniques et informatives », @ : www.echoalp.com

 

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