Guide agro-pastoral - Un territoire

LE TERRITOIRE PASTORAL

Sur le territoire du PNR, les espaces pastoraux s’étendent depuis les plus bas étages de végétation et les contreforts du Canigou jusqu’aux vallées et massifs les plus hauts du Capcir et de Cerdagne.

Depuis toujours et même si une grande période de déprise et d’abandon de ces zones de montagne a entraîné la fermeture des milieux, l’activité pastorale n’a cessé de modeler et de façonner ces paysages montagnards. Ces quinze dernières années, la relance des pratiques pastorales a impulsé une nouvelle dynamique d’entretien et de développement du territoire. Cet ancrage territorial rencontre cependant quelques difficultés, foncières et économiques notamment, qui fragilisent certaines exploitations pastorales.

Et au-delà de sa grande richesse paysagère et patrimoniale qu’il est fondamental de préserver et de valoriser, le PNR est aussi un espace dont les vocations se sont amplement diversifiées. L’espace pastoral est aujourd’hui imbriqué dans une synergie territoriale complexe où se côtoient nombre d’activités et d’acteurs aux enjeux et aux attentes multiples.

L’IMPORTANCE TERRITORIALE DU PASTORALISME

Si l’élevage ne représente que 5% du chiffre d’affaires agricole départemental (le poids économique de la viticulture, du maraîchage et de l’arboriculture domine largement) l’espace qu’il occupe valorise par contre les 2/3 des surfaces de l’ensemble des filières agricoles.

Sur ce vaste domaine d’élevage qui couvre plus de 135 000 ha (32% de la surface départementale qui est de 420 000 ha), les surfaces se répartissent entre 15 000 ha de SAU, 20 000 ha de parcours individuels et 100 000 ha de parcours d’altitude (estives). Entre 1989 et 2000, les surfaces individuelles ont augmenté de 40% et le nombre d’exploitations pastorales de 10%.

L’espace pastoral s’étend à tous les étages altitudinaux, mais les estives sont surtout présentes sur les hauts cantons. À l’exception du haut Vallespir et d’une partie du Conflent situés en dehors du PNR, c’est donc sur le territoire du PNR que se trouve la majeure partie des espaces pastoraux des Pyrénées orientales.

84% des estives départementales couvrent ainsi 84 000 ha du PNR (60% de sa surface, 20% de la surface départementale). Environ 12 000 ha de parcours intermédiaires se trouvent aussi sur le PNR.

Cette étendue territoriale confère à l’activité pastorale un poids indéniable. Elle confirme son rôle essentiel sur ces zones de montagne dans le maintien de la présence humaine et de leurs troupeaux pour l’entretien des paysages et des milieux naturels riches du territoire, ainsi que dans la dynamisation socio-économique locale et le développement de filières de qualité.

L’ESTIVE, MAILLON ESSENTIEL DE NOMBREUX SYSTÈMES FOURRAGERS

Les parcours de landes, bois clairs, landines et pelouses constituent la base de la ressource pastorale pour les troupeaux, car ils représentent l’essentiel des territoires pâturés tout au long de l’année dans la majorité des exploitations d’élevage sur le territoire. Ils conditionnent donc l’équilibre et l’autonomie alimentaires des systèmes fourragers.

Le système fourrager de l’éleveur repose notamment sur une organisation annuelle d’un calendrier de pâturage pour son troupeau (avec un effectif et des besoins spécifiques). Son objectif est d’adapter les circuits de pâturage aux surfaces de parcours disponibles (l’accès au foncier est un frein récurrent, voir + bas) et à la ressource pastorale mobilisable (quantité et qualité de la végétation variables chaque année selon les saisons – sécheresse, neige, etc. – et selon les secteurs – altitude, versants, etc.).

En général, les éleveurs gèrent une partie du calendrier de pâturage individuellement, de la fin de l’automne au début du printemps, autour ou à proximité de leur exploitation. Mais afin de s’adapter aux conditions pédoclimatiques méditerranéennes du territoire, bon nombre d’élevages allaitants se caractérisent par des systèmes extensifs et transhumants.

Ce sont autour de 60% des effectifs bovins et ovins départementaux qui transhument chaque année, entre mai - juin et octobre, sur les parcours d’altitude (les estives). La gestion collective, grâce aux Groupements pastoraux (GP), intervient principalement pour l’exploitation de ces estives.
Totalement intégrées aux circuits et calendriers de pâturage de ces systèmes d’élevage, les estives sont donc une pièce maîtresse qui assure un prolongement fourrager et économique incontournable pour la plupart des exploitations pastorales.

LE FONCIER, UN ACCÈS ET UNE MAITRISE COMPLEXES

D’une manière générale dans le département, et sans exception sur le territoire du PNR, les exploitations pastorales sont confrontées à une importante précarité foncière. Historiquement il s’agit de zones de redéploiement pastoral initiées dans les années 70/80, après une forte déprise rurale laissant derrière elle un foncier complètement déstructuré.

Pour pallier cette instabilité, faciliter l’accès à la terre et au pâturage et pour sécuriser les exploitations, des outils collectifs de gestion et d’animation foncières ont été mis en œuvre depuis de nombreuses années sur l’ensemble du département :
- les Associations foncières pastorales pour le regroupement de propriétaires (9 AFP présentes sur le PNR) ;
- les Associations syndicales autorisées (ASA) de travaux d’amélioration foncière, pastorale et de petite hydraulique (aucune ASA présente sur les hauts cantons du département) ;
- les Groupements pastoraux d’éleveurs pour la gestion collective d’espaces pastoraux (42 GP sur le PNR) ;
- les communes pour la prise en charge de la gestion pastorale sur leur territoire en lien direct avec un ou plusieurs éleveurs (4 communes sur le PNR).
(+ d’infos : Boîte à outils pastorale => Fiches « L’AFP », « Le GP »)
Ces outils ont fait leurs preuves à bien des égards sur de grandes unités pastorales et ont permis à de nombreux éleveurs d’ancrer leurs systèmes pastoraux sur le territoire.

Mais cette efficience reste malgré tout instable et freinée par une maîtrise et une structuration des terres insuffisantes car très compliquées à faire valoir. Si des opportunités de nouvelles zones pastorales existent sur le département, elles sont surtout localisées en plaine (notamment depuis les années 1990 et la régression des productions arboricole et viticole). Le morcellement et les prix du foncier, la complexité des droits d’usage locaux, les différends sporadiques entre éleveurs bovins, ovins, équins ou tout simplement le refus de certains propriétaires à l’octroi de baux, sont parmi les facteurs qui bloquent régulièrement des exploitations pastorales (nouveaux éleveurs notamment) en recherche d’une assise foncière et d’une autonomie fourragère plus sûres.

Enfin, la plupart des surfaces pâturées sur le territoire sont en location, à titre gratuit ou payant, selon les termes stipulés et convenus dans un bail pastoral ou une convention pluriannuelle de pâturage entre le(s) propriétaire(s) et l’éleveur ou le groupe d’éleveurs (autres formes de location, moins communes et plus précaires : le prêt et le bail oral).

LES ENJEUX FORTS POUR LES ESPACES PASTORAUX

Paysage, biodiversité et pastoralisme
Après la première guerre mondiale et en un demi-siècle, la montagne catalane, qui regroupe plus des ¾ des grands ensembles naturels riches du département, s’est considérablement vidée de ses hommes et de ses troupeaux, laissant libre court au phénomène progressif de fermeture des paysages et d’enfrichement sous l’effet de la double dynamique d’embroussaillement et de régénération forestière naturelle.

Cependant, les parcours, et notamment les parcours d’altitude constituent encore aujourd’hui un des  principaux éléments naturels et spontanés d’occupation de l’espace sur le territoire du PNR. Constitués essentiellement de pelouses, de landes et de landines ouvertes, ils contrarient la fermeture de l’espace montagnard par la forêt.

En agissant fortement sur les pâturages permanents, les pratiques pastorales jouent un rôle environnemental majeur sur les mosaïques de milieux, car elles assurent l’entretien des paysages ouverts et d’écosystèmes biologiquement diversifiés. Il existe en effet un lien de cause à effet direct entre les territoires de parcours et les « espaces naturels à haute valeur patrimoniale » identifiés dans les différents documents et zonages départementaux (Natura 2000, réserves naturelles, sites classés, PNR). En atteste d’ailleurs l’ensemble des fiches présentées dans ce Manuel pastoral.

Face à cette dynamique généralisée de dégradation paysagère, pastorale et environnementale, l’ensemble des partenaires de l’aménagement et de l’environnement considère depuis quelques années maintenant que l’élevage extensif pastoral constitue la valeur intrinsèque et la garantie de leur sauvegarde. C’est la seule alternative socialement et économiquement acceptable de limitation voire d’inversion du processus.

(+ d’infos : Boîte à outils patrimoniale)

Risques naturels
Les épisodes récurrents de sècheresse au cours de ces dernières années ont provoqué un appauvrissement de la ressource pastorale des parcours. La gestion de la ressource fourragère devient un enjeu primordial : travaux d’ouverture, amélioration et création de points d’eau, redéploiement pastoral, capitalisation de zones de ‘’sécurité pastorale’’.

Outre la raréfaction des espèces qu’engendre l’homogénéisation du couvert végétal, les risques naturels tels que les avalanches et les incendies sont accrus (le risque des incendies est moindre en altitude qu’en zone de piémont mais il augmente tout de même avec les périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, particulièrement sur les zones de landes très fermées).


Concurrence alimentaire
L’explosion des populations d’ongulés sauvages (cerf, chevreuil, mouflon et sanglier) et leur faible régulation induit des concurrences sur les ressources fourragères, encore mal appréciées quantitativement et qualitativement (une étude est en cours sur ce sujet 2009/2010 – Service Montagne Elevage).


Prédation
La prédation touche essentiellement les troupeaux ovins allaitants, surtout dans le cas d’un gardiennage lâche en estive. Elle perturbe et fragilise les systèmes pastoraux, c’est un problème essentiel pour ceux qui y sont confrontés. Les chiens divagants demeurent le problème majeur, suivi du loup.

La mise en place du programme ours de 1999 à 2007, puis du plan de soutien à l’économie montagnarde (PSEM) à partir de 2008, permet de soutenir les exploitations par différents dispositifs (aide au gardiennage, diagnostic de vulnérabilité, équipements de protection).


Forte pression démographique
Sans être nouveaux sur le département, les phénomènes de fort développement démographique et d’expansion immobilière n’ont pas épargné les zones rurales et de montagne. Ils se sont sensiblement accentués ces quinze dernières années en modifiant le paysage foncier et environnemental, mais aussi en dynamisant le contexte socio-économique local.

De la progression du nombre des exploitations d’élevage résulte notamment l’agrandissement du territoire de chacune d’elle. Or, les surfaces fourragères de certaines, non loin des villages et souvent situées sur les bonnes terres cultivables de fonds de vallée, de plaines et plateaux, font l’objet de fortes spéculations. Cela renforce le blocage et le morcellement fonciers et les surenchères sur les fermages. Ces difficultés engendrent parfois des tensions compliquées entre éleveurs, ou entre éleveur et nouveaux arrivants.
Les zones concernées correspondent au noyau dur des exploitations mais aussi aux besoins en capitalisation de zones de « sécurité pastorale », en raison des perturbations climatiques toujours plus intenses. Les éleveurs ovins, dont plus de 80 % sont en zone de montagne, sont les plus touchés. Ils cumulent deux difficultés : le gardiennage et la reconquête de ces territoires où est favorisé le bail uniquement verbal avec les nouveaux propriétaires. Certaines exploitations pastorales s’en trouvent davantage fragilisées.

Une grande partie des espaces pastoraux est aujourd’hui fréquentée tout au long de l’année par des visiteurs attirés par les cadres exceptionnels qu’offrent les massifs du territoire pour leurs paysages et les nombreux loisirs qui peuvent s’y pratiquer. La cohabitation est globalement bonne, même si quelques problèmes sont régulièrement recensés (dérangement des troupeaux, risque avec les Patous, barrières non refermées, attitude irrespectueuse vis-à-vis du berger, dégradation de rétroviseurs par les bovins sur les parkings, etc.).
Plusieurs actions de communication ont déjà été réalisées pour informer et sensibiliser les différents publics (panneaux, visites d’estive) sur le fonctionnement et le rôle des espaces pastoraux, des métiers de berger et d’éleveur (voir § Contexte – Des Hommes).

Enfin, ces évolutions de population sur le territoire amèneront peut-être les éleveurs, à moyen terme, à identifier de nouvelles niches de valorisation et commercialisation pour leurs productions et ainsi renforcer localement leurs filières (voir § Contexte – Des animaux).

LE MULTI-USAGE DES ESPACES PASTORAUX

Les multiples vocations d’un territoire comme celui du PNR engagent l’ensemble de ses gestionnaires et utilisateurs à adapter leurs propres intérêts et objectifs afin de valoriser au mieux l’ensemble des enjeux du territoire. L’espace pastoral peut se trouver très fréquemment à l’interface de la plupart de ces usagers, comme le montre le schéma ci-contre.

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SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

Documents :
- Chambre d’agriculture des PO, Association des AFP et GP des PO, Société d’élevage des PO, 2008,  « Élevage et pastoralisme : les orientations stratégiques territoriales dans les Pyrénées orientales », 32 p.
- Sime, Agro de Montpellier, 2006, « Identification des facteurs explicatifs et des enjeux de l’évolution des élevages pastoraux dans les Pyrénées orientales », 37 p.
- Nùria Roura, 2002, « Étude diachronique de la physionomie végétale du massif du Madres-Coronat de 1953 à 2000 ».
- Tchakérian E., 2004, « Les enjeux liés à l’élevage pastoral », Article ADAR, 4 p.
- Thomas M., 2001, « Mise en place de références d’utilisation pastorale d’estives sous formation de pin à crochets », 95 p. + annexes
 

Site Internet :
- Programme @lpes, « Des partenaires et des outils pour le pastoralisme : fiches techniques et informatives », @ : www.echoalp.com

 

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